Pensée canine

Mon chien, après chaque sortie, se met devant la maison. Il regarde les passages de voitures, de cyclistes et de piétons, en tournant ses oreilles comme une antenne parabolique vers la provenance du bruit. Il sent les odeurs que l’humain ne capte pas. Son rituel quotidien dure quelques dizaines de secondes en moyenne.

Bref, mon chien « crépuscule ».

Oui, je sais que c’est une phrase incorrecte. J’ai inventé le verbe « crépusculer » inspiré par le mot japonais « tasogareru » (たそがれる/黄昏る), qui signifie « rêvasser ou se plonger dans ses pensées en regardant le paysage». La forme nominale de « tasogareru » est « tasogare » (たそがれ/黄昏), qui signifie la tombée du jour, ou la crépuscule.

Lorsque quelqu’un est en train de « tasogareru / crépusculer », on pourrait dire qu’il se plonge non seulement dans ses pensées, mais que, d’une certaine manière, son âme s’imprègne d’un autre univers. D’ailleurs, cet acte est considéré comme valable à n’importe quelle heure. Mon chien fait son « crépusculage » le matin, l’après-midi et le soir.

L’origine de « tasogare » est « taso-kare-ha » (誰そ彼は), qui veut dire « qui est cette personne ? ». Ceci décrit la lumière affaiblie de la tombée de jour, où on distingue difficilement la personne devant soi (surtout dans l’ère avant l’existence de l’électricité).

Il y a une expression française, « entre le chien et le loup », un synonyme de « crépuscule ». Celle-ci exprime l’heure où l’on ne peut distinguer le chien du loup. Il est intéressant de comparer les différentes langues et de voir comment les anciens décrivaient le déclin de la lumière du jour par la difficulté à distinguer les personnes ou les animaux.

Mon chien est un shiba-inu. Il est l’une des races les plus proches du loup en termes d’ADN, et plus précisément du « loup du Japon », qui est désormais considéré comme une espèce disparue au cours du XXe siècle.

Lorsque mon chien est en train de « crépusculer », est-ce qu’il est entre chien et loup ? Se plongeant dans les souvenirs de ses ancêtres, peut-être qu’il observe des chaînes de montagnes au loin, ou qu’il guette des proies dans les buissons, avec ses oreilles attentives au moindre bruit et son nez à l’odeur le plus subtile.

Ou alors, peut-être qu’il regarde dans le vide juste pour me faire imaginer un tas de choses à son sujet.

 

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